Chariot de marche simple et solide : "Modestine"

 

 

En 2009, alors que nous rentrions du Pays Basque, nous sommes passés par Cassagnas. Nous y avons campé à l'Espace Stevenson (l'ancienne gare, désaffectée, de Cassagnas). Pas marcheur pour un sou, plutôt flemmard, mais un rien romantique, j'ai été séduit par le lieu et l'histoire de Robert Louis Stevenson (Lou, pour les intimes). J'ai cru bon de dire qu'il serait plaisant de suivre le chemin que l'écrivain avait fait, en solitaire et pour tromper l'absence de Fanny Osbourne, en Septembre 1878. Hélas, ça n'était pas tombé dans les oreilles de sourds, et, en 2010, ma moitié et quelques amis ont jugé que c'était là une excellente idée. Voilà le dilettante contemplatif pris à son propre piège de rêverie. Qu'à cela ne tienne, si une perceuse pouvait intervenir dans l'aventure, elle méritait d'être vécue !

Initialement, j'ai pensé à un chariot de marche pour ma compagne qui ne peut porter que sur une épaule. L'idée était séduisante, mais, finalement, un bon sac, avec ceinture de taille et une seule bretelle ajustée, a été préféré par l'icelle, qui portait par ailleurs un regard amusé sur les "maquettes". Le premier essai a été fait avec un chariot de pêche D4 à 2 roues gonflables, et sur un modèle trouvé sur un forum (c'était un porte-pulka). Pas mal, passant bien les petits obstacles, mais relativement large et lourd (4-5kg).

Le temps que l'idée mûrisse, j'ai fait quelques recherches sur le net et trouvé l'inévitable Carrix (qui ne me plaisait pas), le Wheelie (pas mal, mais à 2 roues, le Sherpatrek, etc.... Bref, tout un tas de choses plus ou moins pratiques, légères ou astucieuses, et en général assez onéreuses. Mais rien à mon goût. L'orientation se précisait, avec trois grandes lignes: le plus léger possible (pour pouvoir, le cas échéant, être porté), mono-roue (pour se faufiler partout) et avec un maximum de récupération (c'est un travers qu'on ne maîtrise pas).

Finalement, en passant en revue le contenu du grenier, j'ai fixé mon choix sur un vieux wishbone de planche à voile, en alu ou dérivé, courbé et nécessairement solide. Pour la roue, j'ai opté pour une 16 pouces gonflable. Il y en avait 2 sur le VTT d'enfant que j'ai acheté 2 euros dans un vide-grenier. Le reste consiste essentiellement en quincaillerie, en une ceinture de taille D4 (avec poche arrière, en un vieux sac à doc d'écolier (pour les bretelles) avec quelques bouts de sangles, et quelques jours de réflexion et d'essais pour assembler tout ça. Le coût estimé de l'opération devant tourner autour de 20 euros, je me sentais assez à l'aise...

 

Le Cadre

 

 

Bon, le principe est simple : démonter complétement un wishbone.

S'intéresser essentiellement à la partie la plus courbée. Pour chaque moitié, découper une longueur d'environ 80cm dans la partie la plus courbe (à chacun d'ajuster selon ses préférences ou sa manière de faire), puis une seconde dans ce qui reste.

Dans les chutes (qui sont donc dans la partie la plus rectiligne de la moitié de wishbone), découper une longueur de 32cm et une autre de 18cm. Là encore, chacun adapte selon son idée. J'ai choisi (assez empiriquement, je l'avoue) ces dimensions car elles donnaient, compte tenu de la longueur de l'axe de roue (arrière pour cette réalisation) un écartement de l'extrémité des brancards de 50cm environ, ce qui semblait coller.

Ensuite, il faut ajuster l'extrémité des petits morceaux (32 et 18) sur le galbe du wishbone: là, il n'y a que la lime, mais on est pas au mm près, d'autant que j'ai intercalé des pièces en plastique.

On positionne ces petits morceaux. Le plus petit est, bien sûr, le plus proche de l'extrémité arrière du chariot . En gros, il faut qu'il reste assez de place pour que la roue puisse tourner librement, en pensant que, pour ma part, j'ai ajouté une pièce à l'extrémité (un bout de fourche pour boulonner la roue, cf infra).

Percer, au bon endroit, les 2 longueurs courbes de 80 afin de passer une tige filetée de 5mm (adaptable selon l'angoisse de chacun). Celle-ci solidarise donc, à 2 niveaux, les 2 longueurs courbes de 80 et les 2 petits morceaux transversaux. Ca n'évite pas totalement le vrillage de l'ensemble, mais en serrant bien, ça le limite sérieusement.

A l'autre exrêmité des courbes, j'ai inséré (après l'avoir ajusté) un morceau de bois (hêtre issu d'un barreau d'escalier surnuméraire) qui permettra d'emboiter la 2ème longueur de 80 (la plus rectiligne) qui sert de brancard. Cette pièce de bois est maintenue par la tige fileté qui maintient le petit morceau de 32cm. La râpe, et un peu de papier de verre sont utiles pour ce faire.

Voilà, le cadre est fini en une ou deux heures.

 

 

 

La Roue

 

 

Là, j'ai longuement hésité aussi. Fourche avant, ou cadre arrière. J'ai opté pour une partie de la fourche. J'ai découpé les 10 derniers cm de chaque branche de la fourche (celle où se trouve le "C" où se fixe l'axe de la roue). Puis j'ai découpé chacun de ces tronçons dans la longueur afin que je puisse l'insérer dans l'extrémité du tube de wishbone "au mieux". J'ai tordu un peu les "C" afin qu'en place ils soient parallèles. Pour solidariser le tout, j'ai mis quatre rivets acier/acier. J'avais des craintes quant à la solidité, mais tout a très bien tenu malgré quelques "descentes d'escalier" en charge.

Voilà, le chariot est fini.

 

 

 

Quelques finitions

 

 

Craignant que l'ensemble n'ait tendance à trop vriller, j'ai ajouté, au niveau de la petite barre transversale (celle qui est à l'arrière) une plaque d'alu "grain de riz". Elle permet de rigidifier encore l'ensemble, mais aussi, en la pliant à angle droit, de bloquer le sac, qui ainsi ne peut toucher la roue. Pas bien difficile, seulement quelques ajustages à faire et quelques rivets à poser.

 

J'ai découpé en deux une des pièces en plastique (solide !) qui permettent de relier, en avant et en arrière, les deux parties du wishbone. Chacune des moitiés prend place à la partie supérieure (ou avant) des longueurs de 80 du bas (ou de l'arrière). Elles rendent plus esthétique la jonction tube longitudinal/tube transversal, mais permettent aussi d'attacher un petit bout (petite cordelette d'environ 1cm de diamètre) qui servira à bien serrer la partie amovible du brancard.

Sur la partie inférieure (ou arrière) de la partie amovible du brancard, j'ai fixé un "coinceur" récupéré sur le wishbone également (comme dans le cochon, tout est bon). On passe la cordelette précédemment citée dedans, on tire bien fort vers l'arrière et les deux parties sont solidaires (ça n'a jamais lâché jusque là). En faisant l'inverse, on peu plier le chariot, bien sûr.

 

J'ai mis le même coinceur à l'autre extrémité du brancard car j'en avais un second sous la main (j'ai deux wishbones d'avance...) . Le départ approchait et il fallait un système pour fixer les brancards à un harnais (qui restait à fabriquer...). Je reverrai cette partie et ferai sans doute une poignée en bois poli à l'extrémité du brancard qui permettra: de fixer une sangle, réglable, allant vers le harnais, et de soulager ou porter directement les brancards (façon brouette) dans les passages difficiles.

On fixe, finalement, 2 sangles sur le cadre, afin de pouvoir bien serrer le sac (n'importe quel sac à doc) sur le cadre.

Petite touche finale: deux gourdes de vélo fixées à l'arrière, près de l'axe de la roue.

Le poids du chariot fini est de 3kg (dans mon cas)

 

 

 

Le harnais

 

 

Fini la veille du départ, il n'a pas posé de gros problèmes et s'est montré assez efficace. Je reverrai l'esthétique quand même...

J'ai acheté un "sac lombaire". C'est un petit sac d'un ou deux litres, sur une large ceinture réglable. Sur un vieux sac à dos d'écolier (merci Emile) j'ai récupéré les 2 bretelles, réglables elles aussi. La partie avant est cousue (machine, bien sûr) sur l'avant de la ceinture du sac lombaire. A l'arrière, les bretelles se rejoignent et se terminent par une sangle réglable cousue directement sur le bord supérieur du sac lombaire.

Sur le côté de la ceinture, j'ai cousu deux boucles de sangle afin d'y accrocher les mousquetons, eux-mêmes passés dans la sangle réglable de l'extrémité du brancard.

On met le harnais sur le T shirt. On peut ensuite, tout en marchant, mettre et enlever pull, poncho, gilet, kway, etc...

Le harnais est fini !

 

 

 

 

En conclusion

 

 

Puisque c'était le but, j'ai testé l'animal (ausitôt baptisé "Modestine", bien sur") sur le chemin de Stevenson (GR 70), soit sur plus de 200km de chemins en général assez faciles, mais avec des passages très pentus, très caillouteux aussi (pour ceux qui connaissent, je pense à l'arrivée et au départ de Goudet, à la descente du Mont Lozère et à la dernière descente sur Saint Jean, pour les plus marquants). Le sac pesait environ 12 kg : le strict nécessaire, dont 1,5l d'eau dans les gourdes, plus 3kg d'inutile (dont un netbook et 3 cerf-volants destinés à la photo aérienne).Tout a tenu bon sans aucun problème (hormis une des deux boucles de sangles qui s'est décousue à mi-parcours....mais j'avais de quoi réparer).

Le principe consiste, ça va de soi, à placer le maximum de poids le plus près possible de l'axe de la roue (user le plus possible du "moment"). En théorie, si tout le poids était sur l'axe de la roue, on ne porterait rien, on se contenterait de tirer. C'est le cas des chariots à 2 roues. Ici, ce n'est pas le cas et il s'agit d'un compromis. Finalement, on porte environ 1/3 du poids total du sac (3 à 4 kg dans mon cas).

La forme courbe permet d'une part de laisser une partie de la charge à la même hauteur que l'axe (ou presque) , mais aussi d'avoir les extrémités de brancards plus hautes. Ces deux points rendent le chariot assez stable (j'ai souvent marché les mains dans les poches).

Dans les chemins moins réguliers, il suffit de garder les mains proches des brancards.

Dans les sentiers très caillouteux, dans les montées aussi, j'ai presque toujours tenu les brancards.

Dans les descentes, idem, selon la régularité du terrain.

L'idéal : petite descente sur chemin régulier.

Et dans les côtes ? Ben, on tire ! Et là, il est difficile de dire s'il est plus facile de tirer 12kg en côte ou de les porter. Globalement (on avait quand même quelques beaux raidillons caillouteux, et, systématiquement, une montée, plus ou moins sévère selon l'étape, tous les matins) je n'en ai pas trop bavé. Je pense que ce n'est pas plus difficile qu'en portant.

Le harnais réglable dans tous les sens s'est avéré très pratique. On peut porter tantôt sur les hanches, tantôt sur les épaules, avec tous les intermédiaires, les changements se faisant en marchant. Il m'a semblé que l'idéal était de régler les sangles des brancards de façon à ce que ceux-ci soient au niveau (en gros) de la deuxième phalange des doigts, bras tendus. On peut ainsi facilement soulager un peu, beaucoup, complétement sans difficulté, assez naturellement. Les boucles de ceinture dans lesquelles se fixent les mousquetons sont exactement (enfin...) sur le côté: ça dégage bien les poches, et c'est confortable.

Je n'ai pas eu à le faire, mais j'avais prévu de pouvoir porter le tout sur le dos. Il suffit de plier le chariot et de le fixer sur le sac. Le chariot fait 3kg, ça n'est pas si lourd que ça, et ça ne devrait arriver que dans certains passages très difficiles où il s'agit, par exemple d'escalader un peu. J'avais prévu également de mettre "l'inutile" (soit environ 3kg) dans un petit sac, lui-même situé dans les gros sac. J'aurais donc pu panacher: porter tout (15kg), ne rien porter (tout sur le chariot), porter le sac et tirer le chariot vide, porter le sac allégé (9kg) et tirer le chariot avec le petit sac sur le dos, ou l'inverse. Bref, on peut faire face à pas mal de situations !

 

 

 

Améliorations possibles

 

 

Tout peut y passer, bien sûr, mais j'ai pensé, par exemple, à un frein (un banal frein de vélo en cavalier, avec gaine, câble et manette pouvant se bloquer en bout de brancard. Dans les descentes à fort dénivelé, il est vrai que le chariot pousse, ce frein serait confortable.

Un compteur (non, pas pour avoir la vitesse instantanée et moyenne, mais pour avoir la distance). Pas très utile, mais vraiment pas lourd...

Un système d'amortisseur simple (par exemple avec des caoutchoucs de tente). Ca n'est pas indispensable, bien sûr, d'autant que la pression du pneu permet déjà d'ajuster les choses à son goût. Mais ce serait, là encore, confortable.

Axe rapide sur la roue (évite de trimballer la clef de 15)

Petit sac à portée de main sur les brancards (bonbons, topo-guide,etc...)

Brancards un peu plus longs (moins de poids à porter)

Et des tas d'autres petites choses

Mises à jour

 2014

 

 

 

Les aventures de Modestine

 

 

 

 

Petite galerie photos/videos

 

NB: cette petite page est destinée aux camarades bricoleurs de toutes obédiences et aux amis marcheurs, flemmards comme moi, ou ayant des difficultés avec leur dos. Vous pouvez me faire part de votre avis, ou de vos idées d'amélioration en m'écrivant à

ormes54 (*) club-internet (*) fr

en remplaçant les * par ce qui vous paraitra le plus adapté (@ et . devraient fonctionner parfaitement)

Pour me faciliter les choses, inscrivez "chariot modestine" en sujet

Je serais très content de rencontrer un sister ship lors de mes prochaines randonnées (je crois que j'y ai pris goût....), avec des tas d'idées ingénieuses en plus.